La première représentation publique de cinéma en Belgique a lieu le 1er mars
1896 à la
Galerie du Roi, à
Bruxelles[5], soit deux mois à peine après la séance historique des
Frères Lumière à
Paris le 25 décembre
1895, et avec un programme très semblable. De fait, une projection de
La Sortie des usines Lumière avait déjà eu lieu en avant-première, dans un cercle restreint mais en présence de nombreuses personnalités, le 10 novembre 1895 à l’École Supérieure de l’Industrie de
Bruxelles.
Les débuts de la production belge proprement dite sont dominés par deux personnalités,
Hippolyte De Kempeneer et
Alfred Machin, un Français originaire du
Pas-de-Calais.
En
1897, De Kempeneer, un ancien négociant en boissons, tourne son premier reportage, Le roi Léopold II à l’Exposition de Tervueren (Koning Leopold II op de Tentoonstelling in Tervuren). Conscient de l’intérêt que les spectateurs belges commencent à porter à ces images plus proches de leur réalité, il lance un programme d’actualités cinématographiques, "La Semaine animée", qui sera diffusé chaque vendredi de
1912 à
1914. Les enjeux moraux et pédagogiques du cinéma — notamment des films documentaires — lui tiennent particulièrement à cœur. En
1913 il fonde la Ligue du Cinéma Moral et en 1914, il ouvre le Cinéma des Familles, une petite salle dédiée aux documentaires, dans laquelle il organise des matinées scolaires. Poursuivant la mission dont il se sent investi, il crée pendant la guerre la Compagnie Belge des Films Instructifs.
Ses productions sont abondantes et variées. Parmi les sujets traités, on remarque une fête des fleurs, un concours hippique, une foire aux bestiaux, des visites officielles ou des funérailles de personnalités, ou encore des scènes de colonies de vacances. Une série de films patriotiques est également produite
[6], par exemple
La Belgique martyre (Het Gemartelde België) de
Charles Tutelier en
1919. Nombre de ces pellicules ont malheureusement été perdues.
En
1921, cet homme d’affaires avisé construit également de vastes studios à
Machelen, où des réalisateurs belges et étrangers viendront travailler, par exemple les Français
Julien Duvivier et
Jacques de Baroncelli.
Le cinéaste
Alfred MachinDe son côté, le Français
Alfred Machin, recruté par la puissante firme
Charles Pathé, tourne d’abord des films animaliers en
Afrique puis séjourne aux
Pays-Bas pour y développer une industrie cinématographique locale, avant d’être envoyé en Belgique en 1912 comme directeur artistique de l’une des filiales de Pathé, Belge Cinéma Film.
Des films de fiction commencent à être produits et
L'Histoire de Minna Claessens (De legende van Minna Claessens) (1912) est considéré comme le premier long métrage du cinéma belge
[7]. La pellicule de ce
mélodrame a été perdue, il n’en subsiste que le scénario, conservé à la
Bibliothèque nationale de France.
Toujours en 1912, la firme Pathé investit le
domaine du Karreveld dans la banlieue bruxelloise de
Molenbeek-Saint-Jean et Machin supervise alors son réaménagement. C’est là qu’il tournera les scènes d’intérieur de ses films belges.
Maudite soit la guerre (Vervloekt zij den oorlog), œuvre résolument pacifiste et prémonitoire sortie en juin 1914, constitue le sommet d’une carrière riche d’environ 150 titres. Certains de ces films sont conservés à la
Cinémathèque royale de Belgique, à Bruxelles.
Pendant le premier conflit mondial, le cinéma belge est un cinéma d'occupation allemande, souvent en langue allemande.